Excerpt for Les Regrets - Joachim du Bellay by , available in its entirety at Smashwords

Les regrets


J. Du Bellay


Edition Smashwords

Table des matières



Titre



AD LECTOREM



A SON LIVRE



I



II



III



IV



V



VI



VII



VIII



IX



X



XI



XII



XIII



XIV



XV



XVI



XVII



XVIII



XIX



XX



XXI



XXII



XXIII



XXIV



XXV



XXVI



XXVII



XXVIII



XXIX



XXX



XXXI



XXXII



XXXIII



XXXIV



XXXV



XXXVI



XXXVII



XXXVIII



XXXIX



XL



XLI



XLII



XLIII



XLIV



XLV



XLVI



XLVII



XLVIII



XLIX



L



LI



LII



LIII



LIV



LV



LVI



LVII



LVIII



LIX



LX



LXI



LXII



LXIII



LXIV



LXV



LXVI



LXVII



LXVIII



LXIX



LXX



LXXI



LXXII



LXXIII



LXXIV



LXXV



LXXVI



LXXVII



LXXVIII



LXXIX



LXXX



LXXXI



LVXXXII



LVXXXIII



LXXXIV



LXXXV



LXXXVI



LXXXVII



LXXXVIII



LXXXIX



XC



XCI



XCII



XCIV



XCV



XCVI



XCVII



XCVIII



XCIX



CI



CII



CIII



CIV



CV



CVI



CVII



CVIII



CIX



CX



CXI



CXII



CXIII



CXIV



CXV



CXVI



CXVII



CXVIII



CXIX



CXX



CXXII



CXXIII



CXXIV



CXXV



CXXVI



CXXVII



CXXIX



CXXX



CXXXI



CXXXII



CXXXIII



CXXXIV



CXXXVI



CXXXVII



CXXXVIII



CXXXIX



CXL



CXLI



CXLII



CXLIII



CXLIV



CXLV



CXLVI



CXLVII



CXLVIII



CXLIX



CL



CLII



CLIII



CLIV



CLV



CLVI



CLVII



CLVIII



CLIX



CLX



CLXI



CLXII



CLXIII



CLXIV



CLXV



CLXVI



CLXVII



CLXVIII



CLXIX



CLXX



CLXXI



CLXXII



CLXXIII



CLXXIV



CLXXV



CLXXVI



CLXXVII



CLXXVIII



CLXXIX



CLXXX



CLXXXI



CLXXXII



CLXXXIII



CLXXXIV



CLXXXV



CLXXXVI



CLXXXVII



CLXXXVIII



CLXXXIX



CXC



CXCI



Les Regrets


 


Joachim du Bellay


 


1558


 


AD LECTOREM


 

Quem, Lector, tibi nunc damus libellum.
Hic fellisque simul, simulque mellis,
Permixtumque salis refert saporem.
Si gratum quid erit tuo palato,
Huc conviva veni, tibi hæc parata est,
Cœna : sin minus, hinc facesse, quæso :
Ad hanc te volui haud vocare cœnam.


 


A MONSIEUR D’AVANSON


Conseiller du Roy


EN SON PRIVÉ CONSEIL


Si je n’ay plus la faveur de la Muse,
Et si mes vers se trouvent imparfaits,
Le lieu, le temps, l’aage où je les ay faits,
Et mes ennuis leur serviront d’excuse.

J’estois à Rome au milieu de la guerre,
Sortant desjà de l’aage plus dispos,
A mes travaux cerchant quelque repos,
Non pour louange ou pour faveur acquerre.

Ainsi voit-on celuy qui sur la plaine
Picque le bœuf ou travaille au rampart,
Se resjouir, et d’un vers fait sans art
S’esvertuer au travail de sa peine.

Celuy aussi, qui dessus la galere
Fait escumer les flots à l’environ,
Ses tristes chants accorde à l’aviron,
Pour esprouver la rame plus legère.

On dit qu’Achille, en remaschant son ire,
De tels plaisirs souloit s’entretenir,
Pour addoucir le triste souvenir
De sa maistresse, aux fredons de sa lyre.

Ainsi flattoit le regret de la sienne
Perdue, hélas, pour la seconde fois,
Cil qui jadis aux rochers et aux bois
Faisoit ouïr sa harpe Thracienne.

La Muse ainsi me fait sur ce rivage,
Où je languis banni de ma maison,
Passer l’ennuy de la triste saison,
Seule compaigne à mon si long voyage.

La Muse seule au milieu des alarmes
Est asseuree et ne pallist de peur:
La Muse seule au milieu du labeur
Flatte la peine et desseiche les larmes.



D’elle je tiens le repos et la vie,
D’elle j’apprens à n’estre ambitieux,
D’elle je tiens les saincts presens des Dieux,
Et le mespris de fortune et d’envie.

Aussi sçait-elle, aiant dès mon enfance
Tousjours guidé le cours de mon plaisir,
Que le devoir, non l’avare desir,
Si longuement me tient loin de la France.

Je voudrois bien (car pour suivre la Muse
J’ay sur mon doz chargé la pauvreté)
Ne m’estre au trac des neuf Sœurs arresté,
Pour aller voir la source de Meduse.

Mais que feray-je à fin d’eschapper d’elles ?
Leur chant flatteur a trompé mes esprits,
Et les appas ausquels elles m’ont pris
D’un doux lien ont englué mes ailes.

Non autrement que d’une douce force
D’Ulysse estoyent les compagnons liez,
Et, sans penser aux travaux oubliez
Aimoyent le fruict qui leur servoit d’amorce.

Celuy qui a de l’amoureux breuvage
Gousté, mal sain, le poison doux-amer,
Cognoit son mal, et contraint de l’aymer,
Suit le lien qui le tient en servage.

Pour ce me plaist la douce poésie,
Et le doux traict par qui je fus blessé :
Dès le berceau la Muse m’a laissé
Cest aiguillon dedans la fantaisie.

Je suis content qu’on appelle folie
De nos esprits la saincte deité,
Mais ce n’est pas sans quelque utilité
Que telle erreur si doucement nous lie.

Elle esblouït les yeux de la pensee
Pour quelquefois ne voir nostre malheur,
Et d’un doux charme enchante la douleur
Dont nuict et jour nostre ame est offensee.

Ainsi encor’ la vineuse prestresse,
Qui de ses criz Ide va remplissant,
Ne sent le coup du thyrse la blessant,
Et je ne sens le malheur qui me presse.

Quelqu’un dira : de quoy servent ces plainctes ?
Comme de l’arbre on voit naistre le fruict,
Ainsi les fruicts que la douleur produict,
Sont les souspirs et les larmes non feinctes.

De quelque mal un chacun se lamente,
Mais les moyens de plaindre sont divers :


J’ay, quant à moy, choisi celuy des vers
Pour desaigrir l’ennuy qui me tourmente.

Et c’est pourquoy d’une douce satyre
Entremeslant les espines aux fleurs,
Pour ne fascher le monde de mes pleurs,
J’appreste ici le plus souvent à rire.

Or si mes vers méritent qu’on les louë,
Ou qu’on les blasme, à vous seul entre tous
Je m’en rapporte ici : car c’est à vous,
A vous, Seigneur, à qui seul je les vouë :

Comme celuy qui avec la sagesse
Avez conjoint le droit et l’equité,
Et qui portez de toute antiquité
Joint à vertu le titre de noblesse :

Ne dedaignant, comme estoit la coustume,
Le long habit, lequel vous honorez,
Comme celuy qui sage n’ignorez
De combien sert le conseil et la plume.

Ce fut pourquoy ce sage et vaillant Prince,
Vous honorant du nom d’Ambassadeur,
Sur vostre doz deschargea sa grandeur,
Pour la porter en estrange Province :

Recompensant d’un estat honorable
Vostre service, et tesmoignant assez
Par le loyer de vos travaux passez,
Combien luy est tel service aggreable.

Qu’autant vous soit aggreable mon livre,
Que de bon cœur je le vous offre ici :
Du mesdisant j’auray peu de souci
Et seray seur à tout jamais de vivre.


 


A SON LIVRE


 



Mon livre (et je ne suis sur ton aise envieux),
     Tu t’en iras sans moy voir la Court de mon Prince.
     Hé chétif que je suis, combien en gré je prinsse,
     Qu’un heur pareil au tien fust permis à mes yeux !
Là si quelqu’un vers toy se monstre gracieux,
     Souhaitte luy qu’il vive heureux en sa province :
     Mais si quelque malin obliquement te pince,
     Souhaitte luy tes pleurs, et mon mal ennuyeux.
Souhaitte luy encor’ qu’il face un long voyage,
     Et bien qu’il ait de veuë eslongné son mesnage,
     Que son cœur, où qu’il voise, y soit tousjours present.
Souhaitte qu’il vieillisse en longue servitude,
     Qu’il n’esprouve à la fin que toute ingratitude,
     Et qu’on mange son bien pendant qu’il est absent.


 



LES REGRETS


 


 



DE


 


 



JOACHIM DU BELLAY


 


 



ANGEVIN


 


 


I


 


Je ne veux point fouiller au sein de la nature,
Je ne veux point cercher l’esprit de l’univers,
Je ne veux point sonder les abysmes couvers,
N’y dessigner du ciel la belle architecture.

Je ne peins mes tableaux de si riche peinture,
Et si hauts argumens ne recerche à mes vers :
Mais suivant de ce lieu les accidens divers,
Soit de bien, soit de mal, j’escris à l’adventure.

Je me plains à mes vers, si j’ay quelque regret,
Je me ris avec eux, je leur di mon secret,
Comme estans de mon cœur les plus seurs secretaires.

Aussi ne veux-je tant les peigner et friser,
Et de plus braves noms ne les veux desguiser,
Que de papiers journaux, ou bien de commentaires.


 


 


II


 


Un plus sçavant que moy (Paschal) ira songer
Avesques l’Ascrean dessus la double cyme :
Et pour estre de ceux dont on fait plus d’estime,
Dedans l’onde au cheval tout nud s’ira plonger.

Quant à moy, je ne veux, pour un vers allonger,
M’accourcir le cerveau : ni pour polir ma rime,
Me consumer l’esprit d’une soigneuse lime,
Frapper dessus ma table, ou mes ongles ronger.

Aussi veux-je (Paschal) que ce que je compose
Soit une prose en ryme ou une ryme en prose,
Et ne veux pour cela le laurier meriter.

Et peut estre que tel se pense bien habile,
Qui trouvant de mes vers la ryme si facile,
En vain travaillera, me voulant imiter.


 


III


 


N’estant, comme je suis, encore exercité
Par tant et tant de maux au jeu de la Fortune,
Je suivois d’Apollon la trace non commune,
D’une saincte fureur sainctement agité.

Ores ne sentant plus ceste divinité,
Mais picqué du souci qui fascheux m’importune,
Une adresse j’ay pris beaucoup plus opportune
A qui se sent forcé de la necessité.

Et c’est pourquoy (Seigneur) ayant perdu la trace
Que suit vostre Ronsard par les champs de la Grace,
Je m’adresse où je voy le chemin plus battu :

Ne me bastant le cœur, la force, ni l’haleine,
De suivre, comme luy, par sueur et par peine,
Ce penible sentier qui meine à la vertu.


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